Sur notre « planète bleue », à peine 3% du volume total d’eau est constitué d’eau douce et encore, la seule part utilisable (nappes, cours d’eau, lacs) ne représente que 0,61% et est répartie de façon très inégale (1).
Jusqu’à une période récente, la seule approche que l’on avait de l’eau, c’était l’approche quantitative : la majeure partie des entreprises savaient à peu près évaluer les volumes d’eau qu’elles utilisaient directement pour fabriquer leurs produits mais plus rares étaient celles qui se penchaient sur l’impact de leur consommation sur la ressource locale et l’impact de leurs activités sur la qualité de l’eau restituée.
Aujourd’hui, il est possible d’évaluer l’ensemble de ces aspects en calculant son empreinte eau de la même manière que l’on calcule son empreinte environnementale globale ou son empreinte carbone.
Abordée par plusieurs organismes ou réseaux tels que le WWF, le WCSD ou encore le WFN(2), l’empreinte eau se définit comme « le volume total d’eau douce utilisé pour produire les biens et services consommés par l’individu ou la communauté ou produits par l’entreprise ou l’agriculteur ». En France métropolitaine, 53% de l’empreinte eau de consommation globale (i.e. l’eau utilisée pour la fabrication et la consommation de produits) est interne.
Le reste (47%) correspond à l’eau utilisée dans les autres pays pour fabriquer les produits importés par la France afin de soutenir la consommation nationale (on parle d’empreinte eau virtuelle d’importation). Autrement dit, alors que la France est plutôt bien lotie en matière de ressources hydriques, elle dépend presque pour moitié des autres pays en matière d’approvisionnement en eau.
Evaluer la soutenabilité de l’usage de l’eau
Par leurs activités, les entreprises contribuent directement et indirectement à l’empreinte eau du pays(3). Certaines mettent déjà en place des actions volontaires de conservation des écosystèmes aquatiques, d’autres participent à l’élaboration de standards internationaux et/ou de politiques publiques en faveur d’une gestion pérenne de la ressource en eau. L’approche Empreinte eau va beaucoup plus loin que la seule partie eau des analyses de cycle de vie (ACV) qui restent cantonnées aux seules quantités consommées.
En effet, elle couvre trois aspects : la consommation des eaux de surface ou souterraines (« empreinte eau bleue »), la consommation de l’eau de pluie par évaporation au niveau du sol ou par transpiration des plantes (« empreinte eau verte ») et les volumes d’eau requis pour diluer les polluants dans des proportions suffisantes pour que la qualité de l’eau corresponde aux normes en vigueur (« empreinte eau grise »).
L’empreinte eau prend donc en compte à la fois la quantité d’eau utilisée (eau consommée + eau empruntée)(4), le niveau de sollicitation des ressources hydriques et la qualité globale de l’eau restituée. Par exemple, pour une entreprise qui a des filiales en Europe et en Afrique du Nord, l’empreinte eau sera différente du fait du type de région de production (régions sèches ou régions de ressources abondantes et renouvelables).
Une norme ISO en cours
Pour l’instant, l’utilisation de l’eau fait l’objet de définitions et de critères différents selon les pays et même selon les entreprises. Par exemple, les indicateurs « eau » varient d’un reporting à l’autre et les informations « eau » données sur les produits (en plus de celles sur les émissions de GES ou le cycle de vie) ne répondent pas à des spécifications strictes. L’élaboration en cours d’une norme ISO dans la famille des 14 000 va permettre de cadrer l’ensemble au niveau international.
Prévue pour 2013, la norme ISO 14046 doit établir les principes, exigences et lignes directrices pour une mesure de l’empreinte eau des produits, processus et organisations sur la base des indications sur l’évaluation de l’impact données dans l’ISO 14044. Elle doit aussi préciser comment aborder les différents types de ressources et comment traiter les conditions environnementales locales et socio-économiques.
Enfin elle doit aborder les questions de communication associées à l’empreinte eau sur la base de la série ISO 14020 sur les étiquettes et déclarations environnementales. Bref, cette norme qui, par ailleurs, se basera sur la série relative à la comptabilisation et à la vérification des gaz à effet de serre, devrait compléter utilement les standards existants sur l’ACV et les travaux en cours sur l’évaluation de l’empreinte carbone.
Plus qu’un facteur de production ou un produit intermédiaire, l’eau devient un élément de la stratégie d’entreprise, voire un facteur de compétitivité au niveau mondial comme l’indique la Banque mondiale qui considère même que la disponibilité en eau douce sera l’un des facteurs limitant le développement économique durant les prochaines décennies. Il est donc plus que probable que l’Empreinte eau prenne rapidement sa place au sein des outils stratégiques pour les entreprises, au même titre que la comptabilité énergétique.
Hélène Bouillon-Duparc
Quelques exemples d’approches sur l’Empreinte Eau
Différents acteurs s’impliquent déjà dans les approches sur l’empreinte eau. Par exemple, le cabinet Safege, qui participe à l’élaboration de l’ISO 14046, a réalisé une étude sur la quantification de l’empreinte eau du cycle d’une unité d’eau produite et traitée par un opérateur du domaine. Le groupe SGS propose une prestation de vérification d’empreinte hydrique basée sur les éléments de l’ISO 14046. L’entreprise Bossa Verde a mis en place une méthodologie pour évaluer l’empreinte eau des produits (cf. bilan, analyse et recommandations d’actions).
Et la société suisse Quantis, elle aussi impliquée dans l’élaboration de la norme, développe une approche complète pour mesurer l’empreinte eau associant une base de données eau, des projets de bilan eau, des calculateurs d’empreinte eau, des formations et ateliers, permettant de définir un plan d’actions adapté.
Pour aller plus loin
• The Water Footprint Assessment Manual – Setting the Global Standard, A. Hoekstra, A. Chapagain, M. Aldaya, M. Mekonnen, c/o Earthscan, WFN 2011, 228 p.
• Global Water Tool 2011, téléchargeable sur le site du World Business Council for Sustainable Development: www.wbcsd.org
• L’empreinte Eau de la France – Rapport 2012, WWF/Université de Twente (Pays-Bas), 38 p.
• L’entreprise et l’eau – Vers une gestion responsable, Deloitte et EpE-Entreprises pour l’Environnement, Mars 2012, 48 p. Voir notamment les exemples de Danone (outil de mesure de l’empreinte globale eau « Drop ») et de Veolia Eau (indicateur d’appréciation globale de l’impact de l’activité humaine sur les ressources hydriques : Water Impact Index).
(1) Le reste (env. 2,2%) se situe dans les glaciers et les calottes polaires.
(2) World Wildlife Fund, World Business Council for Sustainable Development, Water Footprint Network.
(3) Selon le WWF, les activités industrielles en France représentent 9% de l’empreinte eau de production totale, loin derrière les cultures agricoles (86%) mais devant les usages domestiques tels que les sanitaires et la restauration (4%).
(4) Pour fabriquer un produit, on consomme de l’eau de manière définitive et on en emprunte. Par exemple, les eaux de nettoyage, elles, sont restituées au milieu naturel après traitement.




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