Rio+20 : Que peut-on en attendre ?

Ce n’est pas un hasard si le PNUE a rendu publique la 5e édition du rapport « l’Avenir de l’Environnement Mondial » (GEO5) deux semaines avant Rio+20. Après trois ans de travail, une mobilisation de 300 experts et l’analyse de quelque 500 indicateurs, ce rapport conclut que, malgré les 500 objectifs et cibles fixés au niveau international pour soutenir une gestion durable de l’environnement et renforcer le bien-être humain, le monde ne s’oriente toujours pas dans une voie durable. Peut-on, du coup, attendre réellement quelque chose du prochain sommet de Rio ?

Sur les 500 objectifs fixés lors des précédentes conférences (Rio en 1992 et Johannesburg en 2002), seuls 90 ont pu être évalués, faute de mesure et donc de données suffisantes. Quatre seulement de ces 90 objectifs ont enregistré des progrès significatifs. Il s’agit de la suppression de la production et de l’utilisation de substances appauvrissant la couche d’ozone, de l’élimination du plomb dans les carburants, du renforcement de l’accès à une eau potable de meilleure qualité et du développement de la recherche en matière de la lutte contre la pollution marine.

Certains objectifs, comme l’extension des zones protégées de type parc national ou le renforcement de la lutte contre la déforestation, ont, eux, connu quelques progrès.
D’autres, en revanche, n’ont enregistré que très peu, voire aucune amélioration : c’est surtout le cas des objectifs dans les domaines du changement climatique, de la protection des réserves halieutiques et de la lutte contre la désertification et la sécheresse, des détériorations étant même enregistrées pour certains d’entre eux.

Les résultats dans quelques domaines clés

• Atmosphère : 2 objectifs atteints sur 9
• Biodiversité : l’Objectif du Millénaire non atteint (et même perte de 38% de récifs coralliens et menace de disparition pour une espèce de vertébrés sur cinq)
• Eau : 1 objectif atteint sur 30
• Pollution marine : aucun objectif atteint
• Evénements extrêmes : aucun objectif atteint
• Terre : des progrès en matière d’accès à la nourriture (mais concurrence accrue avec le fourrage et les biocarburants) et de lutte contre la déforestation
• Produits chimiques et déchets : des progrès dans le traitement des métaux lourds, des polluants organiques persistants et des déchets d’origine radioactive mais objectifs non atteints. Reste le problème majeur des pesticides, d’où l’eutrophisation des milieux et les nouveaux risques (DEEE, plastiques, perturbateurs endocriniens, nanomatériaux,…).
http://www.unep.org/geo/

Dépasser la paralysie de l’indécision…

Dans ses recommandations, le rapport GEO5 demande que Rio+20 encourage la mise en œuvre de mesures mondiales vers le changement. « Le temps est venu de dépasser la paralysie de l’indécision, de reconnaître les faits et de regarder en face l’humanité collective qui unit tous les peuples », souligne Achim Steiner, le sous-secrétaire général de l’ONU et directeur général du PNUE. A cet égard, le PNUE table sur la « capacité des partenaires à mettre rapidement en place des politiques efficaces et flexibles ».

Les trois jours du sommet suffiront-ils à amorcer un changement de tendance ? Rio+20 débouchera-t-il sur l’adoption d’objectifs contraignants ou fixera-t-il une feuille de route sans chiffres précis ? Il faut espérer que les participants ne consacrent pas la moitié du temps à s’accorder sur une définition commune de la notion d’économie verte et équitable mais s’attaquent directement aux questions essentielles qui restent la faim dans le monde, l’accès aux ressources et le type de transition à entreprendre…

HBD

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