Vers des systèmes urbains circulaires

Mener à bien une transition vers un développement urbain durable est certainement l’un des défis les plus importants de nos sociétés quel que soit leur niveau de développement. En effet plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et ce pourcentage continue d’augmenter. En France une étude de l’INSEE indique que ce chiffre atteint presque 80 % de notre population. Plus que leur niveau de population élevé, c’est l’inefficacité du métabolisme des villes qui pose un véritable problème.

Le concept de métabolisme urbain indique que, comme dans un corps humain, des flux de matière et d’énergie entrent et sortent de la ville. L’inefficacité de ce métabolisme vient du fait que ces flux sont linéaires : les flux entrent et sortent de la ville sans que les déchets soient en parti revalorisés (1). Cela a pour conséquence que les villes ont une empreinte écologique élevée. Le Global Footprint Network a par exemple estimé que la ville de Berlin a besoin d’une surface équivalente à 168 fois sa taille afin de répondre aux besoins de ses habitants (2).

En France, beaucoup d’attention a été portée ces dernières années au développement d’écoquartiers ou d’îlots à énergie positive. Bien que ces activités représentent un pas dans la bonne direction, une transformation beaucoup plus profonde des systèmes urbains est nécessaire si nous voulons véritablement et durablement diminuer leurs impacts sur l’environnement.

Il est nécessaire de mettre en place une approche plus globale et intégrée permettant de travailler à la réalisation d’une transition vers des systèmes urbains circulaires (3). Ce concept sous-entend qu’il faut adopter une approche systémique, c’est-à-dire étudier la ville dans toute sa complexité, dans son environnement, dans son fonctionnement et dans ses mécanismes.

Ce faisant, il faut chercher des solutions qui permettent de créer des synergies entre les différents systèmes urbains, de valoriser les déchets et ainsi d’optimiser localement les flux de matière et d’énergie. Mais qu’est-ce qu’un système urbain ? Une zone urbaine remplit un certain nombre de fonctions : alimentation en énergie (électricité, chaleur et froid) et en eau potable, mobilité (transports individuels et en commun), collecte et traitement des résidus urbains, épuration des eaux usées, etc.

Comprenons que chacune de ces fonctions correspond à un système urbain. Créer des systèmes urbains circulaires implique de connecter ces systèmes entre eux. Cela demande d’appréhender les zones urbaines non pas comme composées de systèmes qui fonctionnent indépendamment et en parallèle mais dont les activités peuvent au contraire être reliées les unes aux autres.

Le modèle d‘éco-cycle (aussi connu sous le nom de modèle d’Hammarby) de la ville de Stockholm représente un exemple concret de ce à quoi des systèmes urbains circulaires peuvent ressembler. On y voit entre autre que du biogaz est produit à partir des eaux usées et qu’il est utilisé comme fioul par des bus. Autrement dit, un lien a été créé entre le système d’épuration des eaux usées et celui des transports en commun.

Ce genre d’approche requiert non seulement de trouver de nouvelles solutions technologiques mais aussi de faire coopérer des acteurs qui n’en ont pas l’habitude, se connaissent peu voir pas et ont des priorités différentes et souvent même divergentes. Cela demande de la coordination et une vision sur le long terme du chemin à suivre. Les autorités locales ont un rôle crucial à jouer dans la réalisation de systèmes urbains circulaires. Elles doivent faire preuve d’ambition, d’ingéniosité et de détermination. En contrepartie, ce type d’initiative peut jouer un rôle essentiel afin d’améliorer l’environnement et les conditions de vie en ville et de revitaliser les zones urbaines dégradées.

Le modèle de l’éco-cycle ou d’Hammarby

Anne Lorène Vernay

(1) M. F. Guyonnaud et M. Berland. 2009. Le métabolisme urbain – un outil de gestion durable.
Géoscience, 10. www.brgm.fr/dcenewsFile?ID=1058
(2) T. Amend, B. Barbeau, B. Beyers, S. Burns, S. Eibing, A. Fleischhauer, B. Kus, et P. Poblete, « A big foot on a small planet », GTZ and the Global Footprint Network, 2010.
www2.gtz.de/dokumente/bib-2010/gtz2010-0073en-footprint.pdf (en anglais)
(3) A.L Vernay and R. Singh. Circular urban systems – tracing innovation processes. Article présenté au 2ième forum pour le développement durable (novembre 2012). Voir aussi http://collegerama.tudelft.nl/Mediasite/Play/44ecd4ad2f2149899c52cc39b2dd2a831d (en anglais)
(4) Ville de Stockholm 2007. Hammarby Sjöstad, a unique environmental project in Stockholm,
Stockholm. http://www.hammarbysjostad.se/inenglish/pdf/HS_miljo_bok_eng_ny.pdf (enanglais)

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2 réponses à Vers des systèmes urbains circulaires

  1. Léon dit :

    Oui,et dans la circularité entre le potentiel énergétique des territoires. C’est pourquoi j’ai organisé pour l’AFITE à Pollutec 2012 (mardi 27 à 16H45, Village Ville durable) une table ronde sur le sujet « économie circulaire et énergies renouvelables dans les trames urbaines ».
    On débattra, entre autre, avec Madame Christine Bruneau, Maire adjoint de Boulogne-Billancourt,sur le projet Ile Seguin Rives de Seine, qui fait reposer le chauffage et la climatisation dune zone urbanisée de 74 hectares sur les énergies solaire, géothermiques, valorisation des déchets ménagers, et un centre de stockage de glace réfrigérée par les eau de la Sine. Un projet confié à une ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) la société Idex, exposante au salon.

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