En matière de méthanisation, la Région Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) passe, avec sa charte « Ambition biogaz 2023 », à la vitesse supérieure. Comportant à la fois des zones urbanisées industrielles denses et de vastes zones rurales comprenant des exploitations agricoles de taille moyenne, Auvergne-Rhône-Alpes peut s’appuyer sur un tissu d’entreprises sur toute la chaîne de valeur biogaz. Retour sur une région qui accueillera en octobre la 8e convention d’affaires de Biogaz Vallée.

Compte tenu de son potentiel de méthanisation, la Région Auvergne Rhône-Alpes a décidé d’en faire la 3e énergie renouvelable du territoire à l’horizon 2030. La filière connaît une nette croissance depuis la signature de la première Charte régionale méthanisation en mars 2015. D’une petite dizaine d’unités aidées annuellement à cette époque, le rythme de développement atteint désormais une vingtaine d’unités par an. Mais les acteurs régionaux estiment que ce développement peut être grandement intensifié : le rythme d’installation de nouveaux méthaniseurs jusqu’en 2035 pourrait atteindre en moyenne 35 méthaniseurs par an, soit la mise en service de 600 nouveaux méthaniseurs (d’après le scénario du SRB1 intégré au SRADDET2).

 

Volonté politique

En 2018, la Région porte la volonté politique de développer tous les potentiels de production d’énergie renouvelable. Objectif : passer de 19 à 38 % de la consommation énergétique dans la région à l’horizon 2030, compte tenu d’un objectif de baisse de cette consommation de 15 %, notamment dans le bâtiment, et d’une prévision de 10 % de hausse de la population d’ici à 2030.

 

Éric Fournier

Éric Fournier, vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

« La méthanisation est l’une des trois filières prioritaires que la Région souhaite développer dans le mix énergétique de son SRADDET horizon 2030 », indique Éric Fournier, vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, délégué à l’environnement, au développement durable, à l’énergie et aux parcs naturels régionaux. « Nous visons l’installation de près de 600 unités, et ce, dans le respect de l’approvisionnement local, de la non-concurrence des sols et des retombées économiques sur nos territoires et auprès de nos agriculteurs. Cette filière permettrait d’atteindre les objectifs de l’augmentation globale des EnR de 54 %. »

Le ton et les objectifs politiques sont donnés. La Région mise clairement sur le biogaz, en rappelant que la méthanisation offre de nombreux bénéfices environnementaux et est créatrice de valeur pour les territoires et les entreprises : valorisation des déchets pour produire une énergie renouvelable locale en faveur d’une économie circulaire, réduction des émissions de gaz à effet de serre, nouveaux débouchés pour les activités agricoles… La production de biogaz présente de nombreuses externalités positives et soutient les quatre politiques : énergie et climat, aménagement du territoire, agriculture et agroécologie, gestion des déchets et économie circulaire.

 

Des outils et des hommes

Après une première charte en 2015/2018, qui a permis aux acteurs institutionnels et privés de mettre leurs moyens et leurs compétences en commun pour développer la méthanisation et stimuler la création de projets, la Région a engagé une étude du gisement potentiel, avec le Schéma régional biomasse (SRB) Auvergne-Rhône-Alpes, qui devrait être adopté prochainement. Les SRB fixent les objectifs régionaux de mobilisation et de valorisation de la biomasse à des fins énergétiques. Ils sont établis de façon cohérente avec les lignes directrices fixées par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) à l’horizon 2023 et prennent également en compte les orientations des autres outils de planification régionale qui portent sur les ressources en biomasse.

Le SRB permet de partager une vision prospective des ressources combustibles et fermentescibles potentiellement disponibles à l’horizon 2035 et 2050 pour la production d’énergie renouvelable en région. L’objectif est non seulement de mobiliser de nouveaux gisements, mais également de réguler les usages de la biomasse et d’assurer la durabilité des ressources disponibles. Sa mise en œuvre opérationnelle associe toutes les parties prenantes afin d’assurer un développement harmonieux et durable des filières de valorisation énergétiques de la biomasse, avec un ensemble d’actions stratégiques sur la période 2019-2023.

 

Le gisement potentiel en Auvergne-Rhône-Alpes

Le SRB a fixé pour chaque gisement fermentescible un volume de ressources supplémentaires disponibles pour une valorisation par méthanisation à l’horizon 2035. L’estimation de ce potentiel prend compte des précautions visant à préserver prioritairement les usages alimentaires et à avoir l’impact le plus faible possible sur l’environnement. L’ambition régionale ainsi fixée est de valoriser un potentiel de plus de 12 millions de tonnes de matières brutes par méthanisation, dont 90 % sont d’origine agricole. Avec ces gisements, l’objectif est de produire 5 550 GWh de biogaz en Auvergne-Rhône-Alpes à l’horizon 2035, ce qui revient à multiplier par 13 la production actuelle de biogaz régional.

Un travail de territorialisation de ce potentiel à l’échelle des établissements publics de coopération intercommunale a également été mené, qui montre la variété de situations dans les territoires, que ce soit en matière de quantité d’énergie potentielle ou de répartition des gisements. Du fait du très bon bilan énergétique de la filière biométhane et conformément aux orientations de la PPE, l’objectif retenu dans le cadre du SRB Auvergne-Rhône-Alpes est d’injecter 75 % de ce gaz supplémentaire dans le réseau et de réserver les solutions de cogénération aux secteurs les plus éloignés des réseaux de gaz. Avec ce niveau d’ambition, le biométhane injecté représenterait 10 % de la consommation régionale de gaz de ville en 2035 (en comptabilisant les usages biométhane carburant). Le plan d’action du premier SRB Auvergne-Rhône-Alpes porte sur la période 2019-2023. Sur cet horizon de temps, l’objectif est de doubler le nombre d’installations et d’atteindre une production régionale de biogaz plus de 1 550 GWh.

 

La charte « Ambitions biogaz 2023 »

Le mercredi 29 mai 2019, l’État, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), la chambre régionale d’agriculture, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, GRDF, GRTgaz, Bpifrance et Auvergne-Rhône-Alpes Énergie-Environnement (AURA-EE) ont signé une charte partenariale permettant un développement vertueux de la méthanisation en Auvergne-Rhône-Alpes. Cette charte régionale « Ambitions biogaz 2023 » va permettre la mise en œuvre du plan d’action opérationnel du SRB, avec une quinzaine d’actions prioritaires, correspondant aux objectifs prioritaires définis par les acteurs régionaux dans le cadre du comité méthanisation et des groupes de travail thématiques.

Objectifs : mobiliser les gisements de façon durable, assurer un retour au sol de qualité, développer une filière innovante et performante, source de valeur et d’emplois, vectrice de la transition énergétique en Auvergne-Rhône-Alpes. Fin 2019, 101 unités de méthanisation étaient en service et 72 autres en développement. Les signataires estiment que le développement peut être intensifié avec un rythme d’installation de 35 nouveaux méthaniseurs jusqu’en 2035 pour atteindre 600 nouvelles unités de méthanisation.

 

Potentiel de méthanisation par EPCI

Potentiel de méthanisation. L’expression du potentiel méthanogène supplémentaire de 5550 GWh correspond à l’installation de 600 nouveaux méthaniseurs à l’horizon 2035.

 

Objectifs et actions

En concordance avec la PPE (et sur la base des chiffres cibles du SRB d’Auvergne-Rhône-Alpes), les partenaires se sont fixé les objectifs suivants à l’horizon 2023 :

• 180 unités en service fin 2023 (contre 90 fin 2018), soit + 90 unités en 5 ans ;
• 1 075 GWh injectés dans le réseau de gaz fin 2023 (contre 120 fin 2018), soit + 975 GWh ;
• 480 GWh valorisés par cogénération fin 2023 (contre 300 fin 2018), soit + 180 GWh.

La concrétisation de ces objectifs passera par un plan d’action régional en concordance avec les échéances PPE et en cohérence avec les priorités d’actions définies dans le SRB. Il sera mis en œuvre par tous les acteurs, partenaires de la charte sur les six axes suivants :

1) renforcer la mobilisation des intrants, la valorisation durable des ressources méthanisables et la qualité du retour au sol des digestats ;
2) faciliter l’émergence et l’aboutissement des projets ;
3) adapter l’infrastructure gazière ;
4) sécuriser les nouveaux projets en se fondant sur le retour d’expérience régional ;
5) soutenir le développement des entreprises de la filière régionale de toute la chaîne de valeur ;
6) expérimenter et innover afin de faire progresser la méthanisation et l’adapter aux évolutions du marché.

Afin de tirer profit des retours d’expérience et des observations de la filière, l’ADEME va mettre l’accent sur le suivi/ évaluation des unités en service, avec une idée simple : comparer les résultats réels d’exploitation aux données prévisionnelles des études, pour analyser les écarts et nourrir l’analyse et le retour d’expérience. Ce travail se fera avec l’appui d’AURA-EE, l’agence régionale de l’Énergie et de l’Environnement en Auvergne-Rhône-Alpes, centre de ressources au service des territoires en transition, et les référents énergie en chambres d’agriculture qui assurent le contact sur le terrain dans chaque département. Afin de mobiliser les intrants de façon durable et d’assurer un retour au sol de qualité, les travaux du groupe de travail des acteurs régionaux porteront en priorité sur l’acquisition, la consolidation et la diffusion de références autour de bonnes pratiques culturales des CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétique).

L’émergence des projets et l’adaptation des infrastructures, notamment gazières, sera portée par la mise en valeur des entreprises régionales, pour développer leur notoriété, favoriser leur marché et consolider l’emploi dans la région. Il s’agira aussi d’appuyer les innovations et de les accompagner dans les différents dispositifs régionaux de soutien et les divers clusters et pôles de compétitivité, en premier lieu Tenerrdis. Le besoin d’innovations reste toujours important et nécessaire, en particulier la demande pour des procédés plus petits, adaptés à des gisements organiques diffus : petite méthanisation, voire microméthanisation pour des opérations de quartier ou de pied d’immeuble.

 

L’aspect financier

Sur un plan financier, la Région, autorité de gestion des fonds européens, mobilise une part importante de crédits européens, en complément de ses ressources propres, pour le développement des énergies renouvelables en général et de la méthanisation en particulier. Les appels à projets s’accompagnent de soutiens financiers appelant les moyens de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de l’ADEME et de certains Départements, en complément des tarifs d’achat nationaux et selon le besoin des projets. Une nouveauté régionale en 2019 réside dans la mise en place d’un guichet unique : une porte d’entrée unique de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de l’ADEME pour les dossiers de demande de subventions, gérée par la Région. L’agence de l’eau RMC propose également des prêts pour les projets de méthanisation en stations d’épuration, avec une incitation à l’injection, et en coordination avec les autres financeurs. En complément de ces aides vient la société de financement régional OSER EnR, un fonds d’investissement public-privé créé en 2014 à l’initiative de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de neuf acteurs privés : banquiers, énergéticiens et investisseurs spécialisés dans la participation citoyenne. Doté de 19,5 millions d’euros, OSER investit en fonds propres dans les projets d’énergie renouvelable dans la région, aux côtés d’acteurs privés, mais aussi de collectivités ayant besoin d’un tiers de confiance. Avec l’accroissement du nombre de projets de méthanisation et la multiplication des acteurs de la filière sur toute la chaîne de valeur, la nouvelle charte a vocation à revisiter ces différents comités, clubs et organisations pour gagner en coordination et visibilité. En 2018 et 2019, 12 millions d’euros ont été versés par la Région et 5 millions par l’ADEME, ayant déjà permis le soutien d’une cinquantaine de projets.

Article tiré de Biogaz Magazine 7 et rédigé par Jérôme Bouché

 

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