C’est tout l’enjeu de l’étude publiée le 27 juin par le Pipame, pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques*. Après avoir rappelé le contexte, les enjeux et les défis du secteur, l’étude étudie onze familles de solutions et en retient quatre en priorité. Elle identifie les facteurs d’évolution et de développement de la filière, établit trois scénarios et propose une série de recommandations.

En préalable à toute étude sur la filière de l’eau en France, il faut savoir distinguer le « petit cycle » et le « grand cycle » de l’eau. Le premier (également appelé ‘cycle domestique’) désigne la production et distribution de l’eau potable et la collecte et traitement des eaux usées. Le second (‘cycle naturel’) englobe la gestion de la ressource, la surveillance, les prédictions et la résilience.

La filière Eau s’inscrit dans un contexte d’évolution des attentes sociétales et de pressions accrues sur les ressources en eau, liées à la fois au changement climatique, à la réorganisation territoriale et à la maîtrise des dépenses publiques, auxquelles s’ajoutent les exigences fortes en matière de santé (cf. nouvelles sources de pollution). Elle doit relever différents défis économiques, technologiques et organisationnels pour être en mesure de répondre aux exigences de sécurité et de continuité des services (approvisionnement et assainissement).

Deux enjeux majeurs

Les deux principaux enjeux de la filière Eau sont de moderniser ses infrastructures et sa qualité de service et de mener sa transition écologique et énergétique. Le tout, en tenant compte des coûts, de la réglementation et des évolutions démographiques, urbaines et climatiques.

Pour le ‘petit cycle de l’eau’, ceci implique d’assurer la pérennité et la qualité du service dans les territoires ruraux, d’améliorer la gestion dans les zones à forte densité et de déployer la réutilisation des eaux usées urbaines. Pour le ‘grand cycle’, cela nécessite de gérer les risques liés aux micropolluants et polluants émergents et accompagner la transition écologique dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et de l’énergie. Et d’une manière plus globale, cela requiert de financer les besoins actuels et futurs de la filière, de créer de la valeur à partir des données sur l’eau, de faciliter l’accès au marché de l’innovation et d’accélérer l’évolution des entreprises du secteur tout en favorisant la prise de conscience des enjeux liés à l’eau.

Onze familles de solutions identifiées

Le rapport présente plusieurs familles de solutions dont quatre sont considérées comme prioritaires (v. encadré). Intégrer ces solutions doit permettre de réduire les coûts d’intervention, d’optimiser les procédés, d’anticiper de nouveaux enjeux sociétaux, sanitaires ou environnementaux et d’offrir à l’usager des services qui répondent à ses nouveaux besoins à des coûts maîtrisés. Rappelons que ces solutions se développent entre les activités de l’eau et de l’assainissement et les autres services locaux : énergie, chaleur, déchets, sûreté, gestion des risques dont inondations, résilience des territoires

Les facteurs d’évolution et de développement de la filière

Les principaux facteurs d’évolution et de développement de la filière vont de l’évolution de la demande sur les ressources en eau au niveau de maturité de la demande client, en passant par le nécessaire décloisonnement de la filière par rapport aux autres secteurs, les facteurs économiques et réglementaires, la transformation numérique, les évolutions sociétales et l’évolution des métiers.

Une fois ces facteurs identifiés, les auteurs du rapport ont élaboré trois scénarios différents : un scénario conservateur et continuiste, un scénario de filière agile et proactif et un scénario intermédiaire et prudent. Ce qui les a amenés à proposer des recommandations générales.

 

Quatre familles de solutions prioritaires

  • Les nouveaux moyens de collecte, d’exploitation et de valorisation de la donnée (cf. capteurs, robots d’inspection, objets connectés pour la collecte ; réseaux basés sur l’IoT pour le transport ; systèmes d’information interopérables, big data, datamining, IA, outils de supervision, de modélisation et de simulation pour la valorisation)
  • Les nouveaux modes de fabrication et de pose pour des réseaux durables (cf. nouveaux matériaux pour canalisation et revêtements, canalisation communicantes, techniques de pose et réhabilitation sans tranchée)
  • Les traitements avancés pour la restitution et/ou réutilisation d’eaux usées traitées ou pour la production d’eau potable (cf. optimisation des traitements biologiques, purification bio-solaire, technologies autorisant des gains en compacité, en coûts, élimination de polluants : azote, phosphore…)
  • Les infrastructures plus sobres en énergie et productrices de ressources (cf. : usines de traitement et réseaux autonomes via la méthanisation, le solaire, etc., valorisation des déchets ou coproduits de traitement par recyclage des nutriments et minéraux, etc.).

 

Les sept recommandations de l’étude

  • Décloisonner le secteur de l’eau aussi bien au sein de la filière qu’avec les acteurs connexes. Ceci passe par la mise en place de nouveaux partenariats, d’un mécanisme centralisé de collaboration ou encore d’un groupe de travail dédié à l’ajustement des éléments du cadre réglementaire
  • Créer un centre d’excellence de l’innovation dédié au domaine de l’eau de manière à fédérer des acteurs d’horizons divers (énergie, déchets, urbanisme). Sont notamment proposés une vitrine en ligne des projets et un label spécifique
  • Créer un champ d’expérience et de déploiement de solutions nouvelles en grandeur réelle pour les PME (par exemple via une « convention d’expérimentation »)
  • Etablir des modèles d’affaires et de financements innovants pour faire face à la hausse des contraintes budgétaires mais aussi à la nécessité d’intégrer les externalités environnementales et de s’adapter aux nouveaux enjeux comme la gestion des eaux pluviales ou des eaux usées traitée
  • Renforcer le modèle français face aux évolutions des métiers et compétences. Il s’agit ici d’adapter et de mobiliser les compétences et métiers nécessaires pour répondre aux nouveaux besoins liés en particulier au développement technologique et aux évolutions dues au contexte climatique
  • Sensibiliser les consommateurs et les décideurs aux enjeux de la filière, renforcer la confiance et améliorer l’acceptabilité sociale
  • Favoriser et articuler le développement et le déploiement de solutions numériques appliquées au secteur Eau. De nouveaux outils émergent (IA, blockchain…) mais cela nécessite une structuration métier, une interopérabilité de la donnée, un référentiel de qualité et une accélération sur la cyber-sécurité (pour mémoire, l’eau potable fait partie des douze secteurs d’activités d’importance vitale concernés par la loi de programmation militaire). De fait, c’est toute une stratégie nationale de numérisation de la filière Eau qui doit se mettre en place.

 

*L’Eau du futur : Enjeux et perspectives pour les entreprises du secteur, Etudes économiques, Juin 2019