Le 12 mars 2020, la Commission européenne a annoncé un plan d’action pour favoriser l’économie circulaire notamment en matière de recyclage des produits électroniques dès leur conception.

Le modèle de l’économie circulaire, apparu officiellement en 2015 en France, nous prouve qu’un autre modèle viable existe. Comment son fonctionnement permet aux entreprises une gestion des déchets plus efficace et respectueuse de l’environnement ?

 

Qu’est-ce que l’économie circulaire ?

Il est de plus en plus question d’économie circulaire pour les entreprises. Souvent associée à la gestion des déchets, au développement durable et à l’environnement, l’économie circulaire n’est pourtant pas uniquement une approche écologique, ou même une économie du déchet et du recyclage. En France, la notion d’économie circulaire s’inscrit depuis 2015 dans les Codes de l’environnement, de l’énergie et de la consommation. Dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte depuis le 18 août 2015, la transition vers une économie circulaire est désormais reconnue comme un instrument au service de l’objectif national de développement durable (article L. 110-1 5° Code de l’environnement) (article L. 100-4 du Code de l’énergie).

Cette loi définit l’économie circulaire comme :

« La transition vers une économie circulaire vise à dépasser le modèle économique linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer et jeter en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ainsi que, par ordre de priorité, à la prévention de la production de déchets, notamment par le réemploi des produits, et, suivant la hiérarchie des modes de traitement des déchets, à une réutilisation, à un recyclage ou, à défaut, à une valorisation des déchets. » En d’autres termes, l’économie circulaire est une alternative au paradigme de l’économie linéaire. Une voie plus durable pour les entreprises, ciblant la gestion sobre et efficace des ressources.

 

En France, l’ADEME décline l’économie circulaire par piliers :

L’approvisionnement durable: utiliser des ressources et matières premières renouvelables.

– L’écoconception : prendre en compte l’ensemble du cycle de vie, en minimisant les impacts environnementaux.

– L’écologie industrielle et territoriale (EIT) : mettre en place un mode d’organisation interentreprises par des échanges de flux ou une mutualisation des besoins.

– L’économie de la fonctionnalité : privilégier l’usage à la possession et vendre un service plutôt qu’un bien.

– La consommation responsable : conduire l’acheteur à effectuer son choix en prenant en compte les impacts environnementaux à toutes les étapes du cycle de vie du produit (biens ou services).

– L’allongement de la durée d’usage : recourir à la réparation, à la vente ou don d’occasion.

– Le recyclage : utiliser les matières premières issues de déchets.

 

Comment l’économie circulaire réconcilie environnement et compétitivité des entreprises ?

L’économie circulaire présente un grand nombre d’avantages, réconciliant écologie et performance industrielle. Au-delà d’être positive pour la planète, la transition vers cette nouvelle économie favorise la croissance, crée des emplois et redonne un souffle nouveau à notre économie. Mais comment ? Le principal avantage de l’économie circulaire est de transformer les contraintes de ressources en opportunités de renouvellement et de consolidation du modèle économique d’une entreprise. L’objectif premier étant d’optimiser la durée de vie des biens de consommation et de faire en sorte que rien ne se perde ; un déchet se transforme donc en ressource pour générer un autre produit. Le passage à l’économie circulaire permet ainsi d’améliorer la compétitivité d’une entreprise, grâce à la réduction de ses coûts liés à la consommation de ressources et au traitement des déchets. La mise en œuvre de la valorisation des ressources (écoconception et reconditionnement) permet ainsi de redonner de la valeur aux matières qui n’en avaient plus. Toujours dans cette optique, l’énergie circulaire apporte une meilleure compétitivité des entreprises en leur donnant l’opportunité de mutualiser leurs achats avec d’autres entreprises et diminuer ainsi les coûts qui sont en lien avec les économies d’échelles.

Au-delà de ces avantages économiques, la mise en place de modèles économiques innovants permet aux entreprises de fidéliser leur clientèle actuelle et d’acquérir de nouveaux marchés, en valorisant le capital immatériel de l’entreprise. L’économie circulaire contribue à améliorer la réputation de l’entreprise, mais aussi à renforcer son ancrage territorial. L’adoption d’une stratégie de transition vers l’économie circulaire semble être aujourd’hui une réponse pour coupler les objectifs économiques traditionnels de l’entreprise à la production d’impacts socio-environnementaux positifs.

 

Comment l’économie circulaire permet une meilleure gestion des déchets ?

Pour faciliter le passage à une économie circulaire, la Commission Européenne multiplie les textes et notamment les réglementations en faveur de l’amélioration de la gestion des déchets. Publié au Journal Officiel de l’Union Européenne du 14 juin 2018, le paquet économie circulaire doit ainsi accélérer la généralisation du recyclage des déchets dans toute l’UE et amené à long terme à la disparition des décharges. Ce paquet prévoit notamment la promotion de la transformation les déchets en ressources, la révision du statut du déchet sur les matières recyclées et inclut des propositions pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Cet accord fixe également un objectif de préparation en vue du réemploi et du recyclage des déchets municipaux de 55% en 2025, 60% en 2030 et de 65% en 2035. Il fixe des objectifs de recyclage pour les matériaux d’emballages (65% devront être recyclés d’ici 2025 et 70% d’ici 2030). Plus de la moitié des déchets plastiques devront ainsi être recyclés d’ici 2030.

Des effets positifs sur l’environnement, le climat et la santé humaine, mais pas seulement. Les quatre textes législatifs s’inscrivent dans le cadre d’un changement de la politique européenne vers une économie circulaire, c’est-à-dire un système dans lequel la valeur des produits, des matériaux et des ressources est maintenue dans l’économie aussi longtemps que possible. Avec toutes ces nouvelles mesures apportées par le paquet économie circulaire, passer de l’approche « gestion des déchets » à l’approche « économie circulaire » nécessite un changement de paradigme pour les entreprises. En ce sens, la mise en place d’une stratégie de développement durable est aujourd’hui devenue un enjeu primordial pour la bonne gestion d’une entreprise. Au-delà des obligations, les principes d’approvisionnement durable, d’éco-conception et de recyclage des matières premières constituent des atouts pour répondre aux nouvelles attentes du marché.

 

Comment ces mesures sont-elles mises en œuvre concrètement ?

Le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire a présenté en avril 2018 la Feuille de Route pour l’Économie Circulaire (FREC). Cette feuille de route déploie les grands axes à suivre pour passer d’une économie linéaire à une économie circulaire qui intégrera l’ensemble du cycle de vie des produits, de leur écoconception à la gestion des déchets, en passant par leur consommation en limitant les gaspillages. La FREC constitue la traduction en actions concrètes de la loi française relative à la transition énergétique pour la croissance verte, du 11 aout 2015. Elle regroupe 50 mesures, élaborées en concertation avec l’ensemble des parties prenantes, autour de 4 grands enjeux : mieux produire ; mieux consommer ; mobiliser les acteurs ; mieux gérer nos déchets.

Ainsi, les entreprises de tous les secteurs sont appelées à mieux gérer leurs déchets et utiliser moins de ressources. L’extension du dispositif pollueur-payeur à de nouveaux produits, constitue l’une des mesure phare de la FREC. Il vise à intégrer l’écoconception, l’incorporation de matières recyclées, le réemploi et la réparation dans les pratiques des entreprises. Pour inciter encore à l’écoconception, la FREC prévoit également de déployer l’affichage environnemental volontaire des produits et des services dans les cinq secteurs pilotes (ameublement, textiles, hôtels, produits électroniques et produits alimentaires) et l’étendre à d’autres secteurs.

Avec 247 millions de tonnes de déchets par an, le secteur de la construction est responsable de plus des deux tiers des déchets en France. Les entreprises du BTP sont naturellement visées par des mesures spécifiques pour renforcer le tri, le réemploi et la valorisation des déchets. Les principaux objectifs étant de revoir le fonctionnement de la gestion des déchets du bâtiment, pour lutter contre la mise en décharge et permettre leur recyclage. La Feuille de Route de l’Économie Circulaire engage donc les entreprises du bâtiment à revoir en profondeur le dispositif actuel du diagnostic déchets avant démolition, pour en faire une base solide et efficace pour les démarches ultérieures de réemploi et de valorisation des matériaux et déchets de chantiers. La Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (2015), puis la Feuille de Route Économie Circulaire (2018), prévoient en autre de diminuer l’enfouissement de 50% entre 2010 et 2025. Ces nouvelles méthodes présentent à terme un intérêt non négligeable pour les acteurs : la réduction de leur empreinte environnementale, des économies et un impact social et sociétal positif des chantiers.

 

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