Le contrat de filière Industries des nouveaux systèmes énergétiques a été signé fin mai par les pouvoirs publics et les professionnels réunis au sein du comité stratégique. L’objectif est de développer le potentiel industriel de la transition énergétique. Au-delà d’un plan d’actions ambitieux décliné en quatre grands axes, comment cela va-t-il se traduire concrètement dans les années qui viennent ?

Un périmètre nouveau

Dans le domaine global de l’énergie, la France dispose d’atouts indéniables dont de grands groupes historiques d’envergure internationale et des instituts de recherche publics et privés de haut niveau*. Pour mener la transition énergétique qui s’impose en vue d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, elle doit mettre l’accent sur les ‘nouveaux systèmes énergétiques’ qui recouvrent l’efficacité énergétique (les économies d’énergie étant la condition sine qua non de la mutation attendue), les énergies renouvelables, le stockage et les réseaux intelligents. Ceci suppose entre autres d’augmenter la valeur ajoutée industrielle liée à cette transition et d’accroître la compétitivité des entreprises concernées. C’est tout l’enjeu de ce premier contrat de filière qui engage les signataires à développer les conditions pour accélérer le développement du tissu industriel (ETI et PME surtout).

Les économies d’énergie avant tout

Le contrat de filière prévoit de « construire une industrie française de l’efficacité énergétique et des smart grids permettant l’autofinancement de la transition énergétique » et constitue une véritable feuille de route dans ce sens. Outre le bâtiment où est attendue une réelle massification des rénovations, les économies d’énergie doivent être toujours plus favorisées dans l’industrie, appuyées par les innombrables possibilités offertes par le numérique et la gestion de données.

Dans un rapport publié en 2018, l’Ademe avait estimé à 20% le potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique de l’industrie française et considérait que ce potentiel pouvait être atteint d’ici 2035 simplement en appliquant les bonnes pratiques et les meilleures techniques disponibles. Parmi celles-ci figurent aussi bien les dispositifs permettant de rendre les équipements plus performants, les systèmes de récupération d’énergie fatale dans les process que les changements de système d’exploitation des usines. Autant de solutions présentées dans les allées d’exposition et lors des conférences de Pollutec où la thématique Efficacité énergétique prend une ampleur considérable.

Une offre d’énergie décarbonée compétitive

Le contrat prévoit également de développer une offre d’énergie décarbonée compétitive, en particulier dans trois domaines : la méthanisation, l’hydrogène et l’éolien en mer. Relativement « oubliée » dans le dernier projet de PPE, la filière biogaz – méthanisation a pourtant un rôle majeur à jouer dans la transition énergétique tant dans le domaine des déchets que dans l’agriculture. Malgré un nombre d’acteurs déjà en pointe aujourd’hui, le contrat prévoit de la « rendre compétitive à l’horizon 2030 en créant simultanément une offre technologique et industrielle en France ».

Stockage du biogaz

De même, il prévoit de « dynamiser le déploiement des technologies matures et de soutenir l’innovation des technologies d’avenir de production et de stockage d’hydrogène décarboné ». Ceci devrait booster cette filière qui, après avoir connu divers freins et obstacles, connaît un véritable boom aujourd’hui comme en témoignent les annonces toujours plus fréquentes d’alliances, de créations d’entreprises ou filiales ou encore de mise en œuvre par des collectivités territoriales.

Enfin, le contrat de filière prévoit d’accélérer le déploiement de l’éolien en mer pour « permettre de délivrer son potentiel industriel et d’innovation et disposer d’une filière compétitive ». Rappelons que le Conseil supérieur de l’énergie a récemment relevé les objectifs fixés dans le projet de PPE, qu’il s’agisse d’éolien posé ou flottant, ce qui devrait permettre d’attribuer chaque année un volume minimum d’un gigawatt sur la base d’un rythme d’appels d’offres réguliers, conformément aux positions des régions littorales et des industriels.

L’échelon européen également pris en compte

Si le contrat de filière a une vocation nationale, il n’en néglige pas pour autant la dimension européenne. Ainsi notamment, l’axe 3 ‘Engager une reconquête industrielle stratégique’ reconnaît qu’il est « essentiel d’investir prioritairement dans des filières industrielles européennes d’excellence technologique, stratégiques, dont la compétitivité de l’offre peut être garantie à moyen terme ». L’annonce, début mai, du lancement d’une alliance franco-allemande sur le modèle de l’Airbus dans le domaine des batteries en est une illustration. D’autres pays se sont d’ailleurs déjà déclarés intéressés depuis. Il pourrait en être de même pour faire émerger des champions industriels en solaire photovoltaïque où l’Europe reprend actuellement des parts de marché.

Désormais structurée et fédérée, la filière française des nouveaux systèmes énergétiques devrait être plus forte pour se positionner à l’international où, pour l’instant, seuls les grands groupes étaient présents. Pour cette « équipe de France de la transition énergétique » qui compte de nombreux experts aux savoir-faire uniques, les défis sont de taille mais pas impossibles. Pollutec s’en fera régulièrement l’écho dans ses éditions à venir.

Selon le CNI, la filière ‘Industries des nouveaux systèmes énergétiques’ représente en France 150 000 emplois directs et indirects et 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

*Ex. : CEA, CNRS, IFPen, INES, IPVF, IFREMER, France Energies Marines, BRGM

 

NEUTRALITÉ CARBONE NE SIGNIFIE PAS 0 CARBONE !

Le projet de loi Energie-Climat en cours vise à atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour mémoire, viser la neutralité carbone, c’est tenter d’atteindre l’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et les absorptions anthropiques, i.e. les absorptions par les écosystèmes gérés par l’homme qu’il s’agisse de prairies, forêts, sols agricoles et zones humides ou de certains procédés industriels comme la capture et le stockage du carbone. Atteindre la neutralité carbone nécessite par conséquent une transformation en profondeur de la société, de l’économie et des comportements. Cela peut aussi passer, si nécessaire, par des actions de compensation.