La France creuse sa dette écologique

En France, le jour du dépassement est arrivé. Autrement dit, si le monde entier vivait comme les Français, l’humanité commencerait à creuser son déficit écologique dès le 5 mai, soit trois mois avant le jour du dépassement mondial (calculé au 2 août en 2017). C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport publié par WWF France(1).

Près de 70% de l’empreinte écologique du pays sont dus au logement (24%), aux transports (23%) et à l’alimentation (22%), le reste étant lié aux autres biens (15%) et services (16%). Par rapport à ses voisins européens, la France se situe derrière la Suède et les Pays-Bas (3 et 13.04) mais est au coude à coude avec l’Allemagne et le Royaume-Uni (1.05 et 7.05). Elle est suivie par la Grèce et l’Italie (22 et 23.05) et l’Espagne et le Portugal (10 et 15.06).

Triste record : le Qatar parvient à son jour du dépassement le 9 février, les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, les 14, 17 et 30 mars et la Russie, le 20 avril. Plus inattendu, le Bhoutan atteint le dépassement le 12 mai et Fidji, le 6 juin.

Mais attention, il convient de regarder tous ces chiffres et taux avec prudence. La date du 5 mai pour la France rapporte l’empreinte des Français à la bio-capacité au niveau mondial. Ainsi, selon le WWF, il faudrait 2,9 planètes Terre si toute l’humanité vivait comme les Français. Cependant, si on rapporte son empreinte écologique à sa propre bio-capacité, la France demande 1,8 fois plus que ce que sa bio-capacité est en mesure de lui donner.

Entrer chaque année plus tôt en déficit écologique signifie creuser sa dette écologique tout en empruntant aux autres pays leurs ressources naturelles. Ce qui entraîne déforestation, chute des stocks de poissons, sécheresses, manque d’eau, érosion des sols, perte de biodiversité et changement climatique. Alors qu’en France, l’empreinte écologique avait diminué entre 2008 et 2015 grâce à la réduction de l’empreinte carbone, elle est repartie à la hausse ces trois dernières années (+ 5% entre 2015 et 2018). Ceci est essentiellement dû à une reprise des émissions de GES des secteurs transports, bâtiment et production d’électricité, ce dernier s’étant caractérisé par un recours accru aux énergies fossiles entre 2014 et 2016.

Face à cela, des solutions existent et le WWF en donne les grandes orientations. Dans le domaine de l’alimentation, il convient de favoriser les modes de production peu émetteurs et les modes de consommation responsables. En matière de mobilité, il faut viser des villes à basses émissions et systématiser le vélo comme mode de transport de masse. S’agissant de l’énergie, il faudrait avant tout appliquer la loi TE et accélérer sur les EnR. Concernant la forêt, il faudrait plus de cohérence entre les politiques de TE et la politique forestière, mettre l’accent sur la lutte contre la déforestation et être plus vigilant sur l’intensification industrielle de la production forestière. Enfin, plus globalement, sur la neutralité carbone, l’ONG définit plusieurs axes à suivre : décarboner le système énergétique avec, entre autres, un objectif de 100% de renouvelables d’ici 2050 ; fixer une trajectoire d’émissions de GES compatible avec l’objectif de 2°C de l’Accord de Paris ; favoriser le stockage de carbone dans les sols agricoles et les forêts.

Par sa nature même et à travers l’ensemble de son offre (exposants, conférences, temps forts, etc.), Pollutec 2018 concentrera un grand nombre de solutions permettant de mettre en œuvre les orientations définies ci-dessus. Ces solutions seront présentées sur l’ensemble des zones sectorielles du salon, en particulier Recyclage-Réemploi-Nouvelles matières et matériaux, Gestion de la ressource eau, Energie, Efficacité énergétique, Aménagement urbain durable, Biodiversité & milieux naturels.

(1) Rapport L’autre déficit de la France – 5 mai 2018 : jour du dépassement pour la France, par WWF France avec Global Footprint Network, 2018

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