L’OCDE définit l’économie de la mer comme la somme des secteurs d’activités ayant un lien avec la mer et des actifs naturels et services écosystémiques fournis par celle-ci(1). De fait, l’économie de la mer recouvre des secteurs traditionnels (pêche, transport, tourisme côtier…) et des secteurs plus récents, voire émergents, souvent caractérisés par une forte dimension technologique. L’économie de la mer connaît une expansion considérable : de 1500 mrd USD en 2010, elle devrait passer à 3 000 mrd en 2030. Mais cette expansion est menacée par la dégradation des milieux marins, liée à la fois à la pollution due aux activités terrestres et aux dérèglements climatiques.

Les secteurs traditionnels

Parmi les secteurs traditionnels de l’économie de la mer figure le secteur Pêche / Aquaculture / Produits de la mer. Le commerce de la pêche représente 150 mrd USD et près d’un être humain sur cinq (17% de la population mondiale) dépend du poisson(2). A cela s’ajoute le secteur de l’exploitation des ressources énergétiques fossiles. Aujourd’hui, 30% du pétrole et 27% du gaz sont produits « offshore » et ils représenteraient respectivement 20% et 40% des réserves mondiales connues. Les activités et infrastructures portuaires constituent un autre secteur de taille. En effet, au moins 90% des échanges commerciaux internationaux s’effectuent par voie maritime. Viennent en parallèle la construction navale et le transport. La première a représenté 91 mrd d’euros en Europe en 2016, dont 9,5 mrd en France. Tandis que le volume global de transport maritime a atteint 10,7 mrd de tonnes en 2017 (+ 4% par rapport à 2016). Enfin, autre secteur ‘historique’ de l’économie de la mer, le tourisme côtier représenterait un marché mondial de 161 mrd USD avec, entre autres, un marché des croisières en plein essor.

En Europe, ces six secteurs « établis » ont enregistré un chiffre d’affaires de 566,2 milliards d’euros en 2016 (soit + 7,2% par rapport à 2009) et ont fait travailler 3,5 millions de personnes (+ 2,2% vs 2009). Plus globalement, l’économie de la mer a contribué à hauteur de 1,3% du PIB des 28 et 1,6% des emplois(3).

Les secteurs plus récents ou émergents

Face à l’apparition de nouvelles activités en mer et sur les littoraux mais aussi dans le but de répondre de nouveaux besoins, de nouveaux secteurs sont apparus récemment ou sont en cours d’émergence. Ils sont généralement caractérisés par l’apport des progrès de la science et de la technologie (ex. : innovations dans l’ingénierie et la technologie sous-marines, les capteurs et l’imagerie, l’observation satellitaire, la numérisation et l’analyse de données ou encore dans les systèmes autonomes).

C’est le cas notamment des énergies marines renouvelables (éolien flottant ou posé, énergies des vagues, des courants ou des marées, énergie thermique des mers…). Alors que le potentiel théorique est estimé à 2 millions de TWh par an, à peine plus de 100 000 TWH sont exploitables aujourd’hui.

Autre secteur au fort potentiel : les biotechnologies marines. Utilisables en santé, nutrition, chimie, énergie, matériaux, elles représentent un marché mondial de 2,8 mrd USD et enregistrent une croissance de 12% par an.

Deux autres secteurs s’inscrivent au rang des secteurs qui permettent de répondre à de nouveaux besoins : l’exploitation minière des fonds marins et le dessalement. Selon les estimations, à l’horizon 2030, les minéraux marins représenteront 10% de la production mondiale pour un marché de 10 mrd USD. Ces minéraux (cobalt, fer, manganèse, platine, nickel, terres rares, or, argent…) ont, pour la plupart, des applications importantes dans les nouvelles technologies. De son côté, le dessalement permet de fournir de l’eau douce dans des régions où son accès est limité. Selon une récente étude(3), les 15 906 usines opérationnelles implantées dans le monde produisent chaque jour 95,3 millions de m3 d’eau, dont près de la moitié (48%) au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Un autre secteur émergent est celui de la protection des côtes et de l’environnement (ex. : surveillance maritime intégrée, lutte contre l’érosion, gestion du trait de côte, équipements de prévention ou gestion des risques…). Là-encore, les technologies les plus récentes sont d’une importance capitale à l’image de l’exploitation des données satellitaires ou encore des drones de tous types.

Enfin, un secteur se situe à la croisée des traditionnels et des émergents dans la mesure où il existe depuis plus d’un siècle mais, en parallèle, il régit aujourd’hui notre monde moderne, c’est celui des conduites et câbles sous-marins. A eux-seuls, les câbles sous-marins à fibres optiques véhiculent près de 99% des communications mondiales (téléphone et internet), le reste étant assuré par les satellites. Infrastructures à la fois critiques et stratégiques, 300 câbles quadrillent aujourd’hui les fonds marins sur près d’un million de km et jusqu’à 8,5 km de profondeur. A côté de cela, on compte près de 8 000 km de câbles énergétiques et 200 000 km de pipelines.

Vers une croissance bleue durable

On le voit, pour continuer à se développer, l’économie de la mer doit s’affranchir des menaces toujours plus importantes qui pèsent sur la santé des océans. Il lui faut faire face à la pollution due aux activités terrestres (ruissellements d’origine agricole, produits chimiques, plastiques et micro-plastiques…) et maritimes (rejets des navires, activités portuaires, pollutions accidentelles…) et au dérèglement climatique (acidification, hausse de la température et du niveau de la mer, modifications de courants marins, etc.). Le tout – cumulé avec la surpêche – entraînant à la fois recul de la biodiversité, disparition d’habitats, modification des réserves halieutiques, érosion du littoral et augmentation des phénomènes océaniques extrêmes.

Littoral

L’économie de la mer ne se conçoit plus comme un simple secteur économique parmi d’autres. Elle doit répondre à une optique plus large que beaucoup appellent croissance bleue (ou croissance bleue durable) qui se veut une déclinaison des enjeux environnementaux de l’économie verte. Tendre vers une croissance bleue durable suppose de concilier le développement de l’économie maritime aux enjeux et impératifs liés à la protection de l’environnement et à la lutte contre changement climatique. Cela peut contribuer à enrayer la perte de biodiversité, favoriser l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, limiter les pressions sur les ressources naturelles tout en préservant la compétitivité. A cet égard, les progrès de la science et de la technologie revêtent une importance capitale. Transports moins impactants, ports et infrastructures engagés dans la TEE, navires plus sûrs, propres et économes en énergie, technologies numériques et satellitaires, exploitation plus responsable des ressources, énergies marines renouvelables, aménagements côtiers plus respectueux de l’environnement… Les pistes sont nombreuses.

 

1) Rapport The Ocean Economy in 2030, OCDE 2016.

2) Sauf mention contraire, les chiffres cités ici sont issus de données du Cluster maritime français (CMF).

3) Rapport économique annuel sur l’économie bleue au sein de l’UE – Edition 2018, Commission européenne, juin 2018. Ce rapport fait suite à la communication « Blue Growth Opportunities for Marine Sustainable Growth » de 2012 et au rapport « Blue Growth Strategy » de 2017.

4) Etude The State of Desalination and Brine Production: A Global Outlook, Sciences of the Total Environment, Mars 2019.