Aujourd’hui, réduire les impacts environnementaux négatifs des produits ou intégrer des considérations environnementales dans le processus de conception n’est plus l’apanage de quelques entreprises avant-gardistes. De plus en plus de fabricants proposent un produit ou une gamme de produits éco-conçu(s) plus seulement comme un affichage mais comme une démarche progressive visant à être généralisée. Cette démarche d’éco-conception s’inscrit dans une stratégie plus large d’économie circulaire dont elle constitue le premier axe majeur.

La norme ISO 14006(1) définit l’éco-conception comme une approche méthodique qui prend en considération l’ensemble des aspects environnementaux du processus de conception et développement dans le but de réduire les impacts environnementaux négatifs tout au long du cycle de vie d’un produit (bien ou service). L’Ademe ajoute à cette définition la notion de service rendu équivalent ou supérieur (cf. norme NF X 30-264) et inclut les systèmes, en plus des biens et services, dans son acception du terme produit.

 

Un raisonnement en cycle de vie

Raisonner en cycle de vie (la norme parle de « pensée en cycle de vie ») signifie prendre en considération les aspects environnementaux associés à un produit durant l’intégralité de son cycle de vie : acquisition des matières premières, conception, développement, fabrication, livraison, installation, utilisation (dont réutilisation, maintenance, réparation, reconditionnement, remise à neuf, modernisation), traitement en fin de vie, élimination. Cela signifie donc mesurer et améliorer la performance environnementale à tous les stades de la vie du produit. Ceci passe, entre autres, par la réduction des consommations (matière, énergie, eau), la récupération des déchets et coproduits en cours de process, l’amélioration de la recyclabilité et/ou l’optimisation des transports.

 

Des avantages économiques et financiers prouvés

Selon une étude publiée fin 2017(2), outre sa vocation à augmenter la performance environnementale d’un produit, l’éco-conception a des impacts économiques non négligeables. Elle permet de réduire les coûts de production de façon tangible (jusqu’à – 20% dans le cas le plus prononcé). Et elle peut contribuer à augmenter le CA de l’entreprise de + 7% à + 18% en valeurs médianes. Dans un des cas cités, le CA a même été multiplié par cinq !

 

Un « plan de travail » Eco-conception 2016-2019 en Europe


Au niveau européen, l’éco-conception était, jusqu’en 2016, abordée essentiellement sous l’angle de l’amélioration de l’efficacité énergétique des produits. Pourtant, des dispositions concernant l’utilisation rationnelle des ressources figuraient dans la première version de la directive (2005) : pour certains groupes de produits, elles comprenaient des critères liés à l’utilisation de l’eau et à la durabilité. Le « plan de travail » 2016-2019 a élargi le « scope » en mettant l’accent sur la durée de vie, l’entretien, la réparation, la réutilisation, la mise à niveau, la recyclabilité et le traitement des déchets. Les mesures en matière d’éco-conception contribuent ainsi concrètement aux objectifs européens en matière d’économie circulaire et bas carbone. En parallèle, certaines exigences ont été révisées ou adaptées comme, en particulier, la durabilité pour l’éclairage, la consommation d’eau pour les lave-linge et lave-vaisselle ou encore le marquage des produits chimiques.

 

En France, même si elle était déjà mentionnée dans la loi Grenelle 1 de 2009, l’éco-conception est entrée progressivement dans la législation. Désormais, dans le cadre de ses engagements européens et, en partie, de sa « Feuille de route Economie circulaire » (FREC), la France est tenue de réduire de 30 % sa consommation de matières premières d’ici 2030. Elle doit par ailleurs réduire d’ici 2050 la quantité de déchets mis en décharge de 50% par rapport à 2012(3).

L’Ademe propose depuis plusieurs années déjà différents guides méthodologiques et outils opérationnels pour aider les entreprises souhaitant se lancer dans une démarche d’éco-conception. Elle lance également des appels à projets de recherche dédiés depuis 2004. Jusque-là proposés tous les trois/quatre ans, ces APR voient leur rythme accéléré depuis peu. Par exemple, en 2018, l’APR Perfecto(4) est devenu annuel et a intégré un axe dédié « Etude de faisabilité d’éco-conception », de manière à « augmenter et améliorer la prise en compte de l’éco-conception dans les projets de RDI des entreprises » (v. encadré sur les lauréats 2019). En 2020, il a intégré un autre axe dédié aux projets d’économie de la fonctionnalité. Perfecto est complémentaire des autres APR thématiques de l’agence qui peuvent contribuer à financer des démarches d’éco-conception ou d’économie de la fonctionnalité à l’échelle d’une filière, d’un secteur d’activité ou d’un territoire spécifique (ex. : AAP régionaux).

 

Et quid de l’éco-conception de service ?

L’éco-conception concerne déjà de nombreux produits dans des domaines variés : emballages, chimie (détergents), textile (vêtements de sport, couettes et oreillers), articles de sport (skis, raquettes de tennis de table, planches de surf), mobilier (canapés, sièges, étagères, stores), équipement urbain (bancs, horodateurs, aménagements pour cycles), agro-alimentaire (vin, dosettes de café en papier), numérique (matériels : chargeurs de batteries, logiciels ou services : sites web, box internet…). D’autres types de produits sont concernés comme certaines ampoules basse consommation, des éco-distributeurs, des pompes à vis excentrées et même des analyseurs d’air.

La démarche est en revanche moins répandue dans le domaine des services. C’est pourquoi le Pôle Eco-conception prépare cette année un document dédié en partenariat avec l’Ademe. Ce guide « Eco-conception de service » capitalisera sur huit ans de maturation du concept après une première version en 2012 et donnera les bases à toutes les entreprises de service souhaitant développer des offres éco-conçues.

On le voit, étant à la base même de toute performance environnementale et donc de la sobriété nécessaire à un modèle de croissance plus responsable, l’éco-conception commence à être reconnue comme un axe majeur de l’économie circulaire. Finira-t-elle par devenir la norme dans toute activité productive ?

 

Les lauréats de Perfecto 2019


Les six lauréats de l’édition 2019 de l’APR Perfecto montrent la diversité des secteurs concernés par la recherche collaborative en éco-conception : fabrication de chaussures connectées (Eram), prototype de hayon ‘smart’ (Plastic Omnium), appareil à épiler et gel dépilatoire (Depilatocosmetics), procédé de teinture pour l’industrie textile (Union Textile de Tourcoing Industries), serre filtrante pour traiter l’eau de piscine (Azuvia) ou encore structure flottante habitable et modulable pour ports et cours d’eau (Apportech Industries, projet présenté sur Pollutec 2016).

 

1) Adoptée en 2011, la norme ISO 14006 « Systèmes de management environnemental – Lignes directrices pour intégrer l’éco-conception » a été révisée en janvier 2020.

2) « Analyse des bénéfices économiques et financiers de l’éco conception pour les entreprises », Ademe, Novembre 2017. Ce document capitalise sur le retour d’expériences de dix entreprises de secteurs différents.

3) D’ici 2030, la France doit réduire ses émissions de GES de 40% par rapport à 1990, baisser sa consommation d’énergie fossile de 30% par rapport à 2012 et augmenter la part des EnR de 32% dans sa consommation énergétique et de 40% dans la production d’électricité.

4) APR Perfecto 2020 « Amélioration de la performance environnementale des produits et des modèles économiques ».

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