On en parle beaucoup mais qu’est-ce, exactement, qu’un perturbateur endocrinien ? Et où en est-on aujourd’hui tant en recherche qu’en réglementation ? Voici quelques éléments de réponse.

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances ou des mélanges de substances qui altèrent le fonctionnement du système hormonal et provoquent des effets nocifs pour la santé des individus exposés ou de leurs descendants.

Ces substances peuvent interférer avec toutes les grandes fonctions des organismes vivants : croissance, reproduction, comportement, nutrition, métabolisme, système nerveux, système immunitaire. De fait, la sensibilité à ces substances peut varier selon les périodes de la vie (période fœtale, post-natale, pré-puberté…).

Une récente étude de l’Institute for Risk Assessment Sciences estime entre 46 et 288 milliards d’euros la charge socio-économique des effets des perturbateurs endocriniens sur la santé dans l’UE(1). Une autre série d’études de 2015 avait déjà tablé sur 157 milliards.

Des sources d’exposition très diverses

Les PE sont largement présents dans notre quotidien : phtalates dans les plastiques (jouets, emballages, contenants alimentaires…), bisphénols dans les plastiques, les papiers thermiques ou les retardateurs de flammes, parabènes dans les cosmétiques, organochlorés dans les phytosanitaires, étain et dérivés utilisés dans les solvants, produits issus de combustion (dioxines, furanes, HAP). Au total, le risque concernerait près de 800 produits capables de perturber les capteurs hormonaux, la synthèse hormonale ou la conversion hormonale. Mais à ce jour, seule une fraction limitée a fait l’objet d’évaluations. Et nous y sommes exposés de différentes manières (ingestion, inhalation, contact cutané). Près de 80% de l’exposition viendraient de l’alimentation (cf. pesticides, additifs alimentaires, plastifiants utilisés dans les emballages, etc.).

Les effets ne sont pas nécessairement liés à la dose reçue. Ils peuvent même être plus importants à faible dose (ce que les toxicologues appellent « dose réponse non-monotone »). La durée d’exposition constitue elle-aussi un élément important à prendre en compte. Sans oublier les mélanges de substances (« effet cocktail ») qui exigent des recherches toujours plus poussées.

Trois mécanismes d’action principaux

Les PE agissent selon trois types de mécanismes différents. Ils peuvent d’une part imiter l’action d’une hormone et ainsi entraîner la réponse de l’organisme à cette hormone (d’où des réactions inopportunes de celui-ci). Ils peuvent d’autre part bloquer l’action d’une hormone en l’empêchant d’agir sur ses cellules cibles et ainsi entraver la transmission du signal hormonal. Enfin, ils peuvent perturber la production, le transport, l’élimination ou la régulation d’une hormone ou de son récepteur.

 

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Quel cadre réglementaire ?

Les perturbateurs endocriniens sont concernés par plusieurs règlements européens : le règlement REACH (inscription sur la liste des substances soumises à autorisation : si une substance est classée « extrêmement préoccupante », elle est interdite) ; règlement CLP (sur la classification, l’étiquetage et l’emballage des substances chimiques et des mélanges) et le règlement sur les produits phytopharmaceutiques et biocides (qui exclut certaines substances).

La France a publié sa première stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens en avril 2014 afin de « réduire l’exposition de la population et de l’environnement ». La deuxième stratégie, en cours d’élaboration pour la période 2019-2022, est axée sur trois types d’actions : actions pour protéger la population (publication de la liste, campagne de communication, formation des professionnels de santé et agents des collectivités), actions pour protéger l’environnement (analyses exploratoires sur des produits de grande consommation destinés à des populations sensibles, mesure de l’imprégnation des différents milieux, renforcement de la connaissance de l’exposition via l’alimentation, incitation aux engagements volontaires des industriels et des distributeurs pour substituer les produits), actions pour améliorer les connaissances (coordination pour soutenir la recherche et l’innovation, élargissement de la surveillance à des pathologies autres que celles de la reproduction (métabolisme, système nerveux…).

L’Europe avait adopté une stratégie communautaire en 1999 mais elle est en train d’actualiser son approche. C’est ce que la Commission a expliqué dans une communication du 7 novembre 2018. La nouvelle stratégie inclut notamment l’évaluation du cadre législatif. Cependant, considérant que le cadre proposé par la Commission ne permet pas de faire face à la menace, le Parlement européen a adopté en avril dernier une résolution qui demande à celle-ci de revoir sa copie d’ici juin 2020. Il demande notamment que la Commission traite les PE comme les CMR(2) dans la législation, qu’elle tienne compte des effets de mélange et de l’exposition à une combinaison de substances, qu’elle encourage mieux la recherche, la réalisation d’essais, l’application d’une bio-surveillance adéquate, etc. Cette résolution a été adoptée à 447 voix sur 502.

 

La recherche à l’honneur


L’ANSES et l’ANR ont organisé début juillet les rencontres scientifiques « Perturbateurs endocriniens – Recherche et Perspectives » afin de faire le point sur les travaux en cours (PNR EST, programmes de l’ANR). A cette occasion a été publié le n°13 des Cahiers de la Recherche – Santé – Environnement – Travail intitulé « Les perturbateurs endocriniens – Comprendre où en est la recherche ».

En savoir plus (présentations, livret du participant…)

 

Une nouvelle certification « Sans BPA, sans phénols ajoutés »


Le bisphénol A est classé perturbateur endocrinien depuis 2017. Au 2 janvier 2020, la mise sur le marché de papiers thermiques* qui en contiendront plus de 0,02% sera interdite. Dès 2017, l’Inéris avait élaboré un référentiel de certification garantissant l’absence de BPA alors substitué par d’autres bisphénols (S, F…). Mais l’innocuité de ces derniers n’étant pas prouvée, l’institut a anticipé et a revu sa certification qui garantit désormais l’absence de 15 composés phénoliques dans les papiers thermiques.

*essentiellement les tickets de caisse et les reçus de paiement

 

1) Etude citée dans la Résolution du Parlement européen sur la progression vers un cadre complet de l’Union euro-péenne en matière de perturbateurs endocriniens (2019/2683/RSP) adoptée le 18 avril 2019.

2) CMR : substances cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

 

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