Stéphanie Vincent Sweet, Chargée de mission chez Réseau Compost Citoyen, répond aux questions des participants au webinaire Pollutec Online “Les biodéchets en milieu urbain” — Voir ou revoir le webinaire

 

Pour la plateforme de maturation, combien peut-il y avoir de bacs de maturation ? Y a-t-il une réglementation particulière ?

La micro-plateforme du quartier du Port Neuf est dimensionnée pour accueillir au maximum 1 tonne par semaine, le seuil du compostage de proximité. L’avantage de la maturation est que les matières déplacées des bacs d’apports à la plateforme ont déjà perdu en volume et sont équilibrées avec le brun/carbone. La réglementation stipule que les matières sont des SPA 3, donc l’implantation de la plateforme s’est faite avec l’autorisation, et l’étroite collaboration, des services communaux pour respecter le Règlement Sanitaire Départemental.

 

Peut-on intégrer ce secteur des déchets, sans grande expérience, notamment pour les demandeurs d’emploi ?

Oui, il est possible d’intégrer ce secteur sans en avoir une grande expérience. Dans ces conditions, il faut bien suivre l’évolution du parcours de formation et acquérir de l’expérience à côté. Vous trouverez plus d’informations sur https://optigede.ademe.fr/formations-gprox-biodechets

 

Le sac compostable est-il totalement biodégradable ? Pourquoi maintenir des sacs en plastiques, même biodégradables, alors que l’ensemble des acteurs du tri semblent convenir qu’ils ne sont pas satisfaisants ?

Nous vous invitons à consulter notre fiche technique n°8 sur les sacs et couverts compostables : http://reseaucompost.org/wordpress/wp-content/uploads/2019/01/Fiche-8-compressed.pdf

En effet, les sacs proposés aux particuliers ne portent pas tous le label “OK Compost Home” qui indique qu’il se décomposera à des températures entre 20 et 30°C, en conditions domestiques. Il faut donc se tourner vers le calendrier réglementaire pour sortir du plastique, qui explique le manque de réactivité face au problème.

 

Existe-t-il des retours d’expérience de collecte biodéchets pro en milieu rural ?

Pas à notre connaissance. La collecte est plus facile en milieu urbain car elle est dense. En milieu rural, il faut privilégier une gestion sur place.

 

On parle peu du lombricompostage. Peut-on le mettre en place dans des immeubles en collectif ? Ce serait la solution face au manque de place pour des bacs supplémentaires ?

Oui, le lombricompostage collectif existe et nécessite un peu moins d’espace que le compostage traditionnel. Je vous conseille de vous faire accompagner par un professionnel : http://lesactivateurs.org/annuaire/

 

La mise en place de cette démarche de biodéchets en milieu urbain est très intéressante. Merci pour ces partages très détaillés. En parlant de communication, quel est le mode de communication le plus inclusif que vous avez expérimenté à destination des usagers ?

De manière générale, en gestion de proximité, dans la phase d’élaboration de tout projet collectif, la communication en porte à porte est la plus inclusive mais aussi un passage obligé.

 

Vous avez peu parlé de la formation des usagers (qui sont très en demande), mais aussi des élus, et l’accompagnement indispensable dans le temps pour le compostage de proximité. Encore peu de collectivités proposent des formations à ce jour.

De plus en plus de collectivités font appels aux formations pour leurs citoyens. Certaines prennent même des engagements pluriannuels pour former leurs agents et leurs citoyens. Les élus peuvent également suivre les formations notamment via le parcours de Chargé de Mission Déchets (CMD) qui est en évolution et peut déjà répondre aux questions des élus. Enfin pour la partie formation garantissant le bon fonctionnement des sites de compostage, la formation référent de site est par exemple incontournable : de 1 à 1.5 jours. Ce parcours incontournable permet de s’assurer du bon fonctionnement d’un site et surtout du respect la réglementation (arrêté + note d’accompagnement) qui précise que chaque site doit être suivi par une personne formée selon le dispositif PGprox.

 

Concernant les compétences requises pour le traitement et la transformation de ces déchets déjà triés : quel est le type de profil ? Sont-ils chimistes, ingénieurs, agriculteurs ? Quel est le process de cette transformation et quels sont les équipements ou matériels utilisés dans le processus ?

En gestion de proximité, les biodéchets sont traités sur place (compostage partagé ou en établissement) sous la supervision du référent de site et d’un maître composteur (cf. dispositif de formation PG-Prox).

 

Tous les déchets de cuisine ne sont pas bien valorisables en méthanisation (viandes, produits animaux divers…) Comment faire en sorte que les utilisateurs mettent les “bons” déchets dans les bacs ?

Tout bon geste de tri passe par un apprentissage, d’où l’importance de la sensibilisation, la formation et l’accompagnement par des personnes formées.

 

Quand vous parlez de bio-déchets, parlez-vous également des déchets de provenance animale? Leur collecte et leur traitement ne nécessite pas les mêmes moyens.

Voici la définition européenne et française du terme “biodéchets”.

Les biodéchets sont les déchets biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires ou de cuisine provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires.

Les déchets de provenance animale sont donc inclus. En gestion de proximité leur traitement est possible avec la connaissance technique suffisante.

 

Que proposez-vous, pour les particuliers en milieu urbain, lorsqu’il n’y a pas la place pour un bac supplémentaire en pied d’immeuble afin de collecter les biodéchets?

Des solutions existent : combiner avec du lombricompostage individuel et collectif, mutualiser des micro-plateformes de maturation pour que les sites partagés doublent leur capacité en terme d’apport. Ceci peut se faire en créant des partenariats avec la collectivité, la mairie ou des jardins partagés. Les collecteurs à vélo sont une nouvelle solution pour déplacer la matière en local. Mais cette question d’espace doit, elle-même, être questionnée : quels choix pour l’aménagement urbain ? Une place de parking peut accueillir l’équivalent d’un site partagé pour une trentaine de ménages. Nous vous encourageons à vous rapprocher d’un maître-composteur qui proposera un accompagnement personnalisé.

 

Quels sont les freins pour les collectivités qui souhaitent installer plus de composteurs partagés en ville ?

Les freins peuvent être fonciers dans l’urbain dense. Ils peuvent être financiers, matériels ou humains, d’où l’intérêt de collaborer avec des acteurs de la filière (associations, entreprises) et de se faire soutenir par l’ADEME. Globalement, les choix politiques permettent de lever de nombreux freins. Par exemple, face au manque d’espace pour installer des bacs, nous pouvons repenser le partage de l’espace public (une place de parking équivaut à la surface d’un site de compostage partagé).

 

Quelles seraient les limites de la gestion de proximité des biodéchets en milieu urbain?

La meilleure solution, pour gérer les biodéchets, est une articulation entre collecte, points d’apports volontaires, et gestion de proximité (sites partagés). C’est aux collectivités de connaître leur territoire et d’y appliquer la ou les solutions combinées les plus adaptées, en privilégiant les circuits courts et l’emploi local.

 

 

Les webinaires de Pollutec : “Biodiversité en milieu urbain”

 

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